Description du produit
À chaque grande guerre son photographe. Capa pour la guerre d’Espagne, Griffiths pour le Vietnam… et Kozyrev pour l’Irak. Yuri Kozyrev arpente ce conflit depuis six ans. Dans ses moindres méandres. Dans toute sa complexité. Il tente de comprendre, d’analyser, de choisir, et de montrer. Montrer entre 500 000 et 1 million de morts civils, plus de 4 000 morts américains et 5 millions de réfugiés. Une guerre dont personne ne peut encore prédire les conséquences. Mais Yuri Kozyrev est avare de photos. Ses expositions sont rares. Ses livres encore plus. L’existence de ce livre, et de l’exposition pour le 20e anniversaire de Visa, est une occasion inouïe de voir le travail du photographe le plus investi, personnellement et professionnellement, dans la guerre irakienne. Yuri est un photographe qui ne cesse de se demander à quoi vont servir ses photos. Comment elles seront interprétées. Un journaliste qui apprécie aussi de remettre en cause son travail, au gré des évolutions de la guerre irakienne. « Cette guerre est un défi pour moi. Elle l’a été avant la guerre américaine, pendant la guerre confessionnelle, et elle l’est encore aujourd’hui », explique Yuri quand on lui demande pourquoi il passe autant de temps dans ce pays que la presse a déjà commencé à déserter. Personne d’autre que lui ne s’est à ce point imprégné de cette guerre. Et de ses contraintes, car rarement un conflit en a imposé autant. D’abord, les règles de l’armée américaine, avec lesquelles les journalistes sont obligés de composer. Il faut avoir passé des heures dans un blindé en plein soleil, à attendre la fin d’une alerte, pour bien comprendre les absurdités des règlements qu’une armée impose. L’attente, l’ennui, parfois pour rien, parfois pour une image qui fera la une. Yuri, qui a une aversion profonde pour toutes les armées, a aussi appris à apprécier certains soldats. Au coeur d’une attaque, avec des militaires de 19 ou 20 ans, il n’avait plus le loisir de se poser des questions existentielles sur la guerre. Il fallait survivre, travailler, et parfois aussi aider. La guerre en Irak a imposé des limites aux journalistes, et particulièrement aux photographes. En Irak, on ne peut pas rester plus d’une demi-heure au même endroit. On ne peut pas revenir le lendemain matin pour bénéficier d’une meilleure lumière. Le risque d’attirer l’attention par la routine peut être mortel. Car c’est la particularité morbide de ce conflit : pour la première fois, les journalistes sont des cibles réelles, choisies. Dans l’histoire contemporaine, les cinq années de guerreÀ chaque grande guerre son photographe. Capa pour la guerre d’Espagne, Griffiths pour le Vietnam… et Kozyrev pour l’Irak. Yuri Kozyrev arpente ce conflit depuis six ans. Dans ses moindres méandres. Dans toute sa complexité. Il tente de comprendre, d’analyser, de choisir, et de montrer. Montrer entre 500 000 et 1 million de morts civils, plus de 4 000 morts américains et 5 millions de réfugiés. Une guerre dont personne ne peut encore prédire les conséquences. Mais Yuri Kozyrev est avare de photos. Ses expositions sont rares. Ses livres encore plus. L’existence de ce livre, et de l’exposition pour le 20e anniversaire de Visa, est une occasion inouïe de voir le travail du photographe le plus investi, personnellement et professionnellement, dans la guerre irakienne. Yuri est un photographe qui ne cesse de se demander à quoi vont servir ses photos. Comment elles seront interprétées. Un journaliste qui apprécie aussi de remettre en cause son travail, au gré des évolutions de la guerre irakienne. « Cette guerre est un défi pour moi. Elle l’a été avant la guerre américaine, pendant la guerre confessionnelle, et elle l’est encore aujourd’hui », explique Yuri quand on lui demande pourquoi il passe autant de temps dans ce pays que la presse a déjà commencé à déserter. Personne d’autre que lui ne s’est à ce point imprégné de cette guerre. Et de ses contraintes, car rarement un conflit en a imposé autant. D’abord, les règles de l’armée américaine, avec lesquelles les journalistes sont obligés de composer. Il faut avoir passé des heures dans un blindé en plein soleil, à attendre la fin d’une alerte, pour bien comprendre les absurdités des règlements qu’une armée impose. L’attente, l’ennui, parfois pour rien, parfois pour une image qui fera la une. Yuri, qui a une aversion profonde pour toutes les armées, a aussi appris à apprécier certains soldats. Au coeur d’une attaque, avec des militaires de 19 ou 20 ans, il n’avait plus le loisir de se poser des questions existentielles sur la guerre. Il fallait survivre, travailler, et parfois aussi aider. La guerre en Irak a imposé des limites aux journalistes, et particulièrement aux photographes. En Irak, on ne peut pas rester plus d’une demi-heure au même endroit. On ne peut pas revenir le lendemain matin pour bénéficier d’une meilleure lumière. Le risque d’attirer l’attention par la routine peut être mortel. Car c’est la particularité morbide de ce conflit : pour la première fois, les journalistes sont des cibles réelles, choisies. Dans l’histoire contemporaine, les cinq années de guerre en Irak auront été le conflit le plus meurtrier de l’histoire de la presse. Les photos de Yuri Kozyrev suffisent à comprendre les risques qu’il a pris pour informer. Tant du côté des Américains, en « embed », comme on dit en Irak, que du côté de la population civile, première victime de la guerre. Au fil des mois et des années, Yuri Kozyrev a vu ce pays basculer. Ses premières images étaient celles d’une guerre « classique ». Au fur et à mesure, les personnages sont devenus plus sombres. Les morts et les blessés se sont accumulés, dans les rues et sur ses pellicules. À regarder de près les photos de Yuri, on y lit la détresse, l’angoisse, mais avant tout la peur. Celle qui tenaille les femmes et les hommes, qu’ils soient irakiens ou américains, embarqués dans une guerre que personne n’a su maîtriser. Les photos de ce livre vont de 2006 à 2008. Des heures les plus noires de la guerre civile aux espoirs d’aujourd’hui. Yuri a aussi voulu montrer que la prise de conscience, par les États-Unis, de l’ampleur du drame, avait eu un effet. Le « Surge » décidé en juin 2007 a conduit à un important renfort de troupes et à des changements de stratégie vis-à-vis des sunnites. L’effet n’a pas été nul. Dans certains quartiers de Bagdad, emmurés, les Irakiens ont pu sortir de nouveau. Les miliciens sunnites proaméricains de la milice du « Réveil » ont réussi à ramener un peu de calme dans certaines des zones de l’ouest du pays les plus dangereuses, comme Falloujah. Mais à quel prix ! Les alliances sont complexes et mouvantes. Les murs ont nettoyé ethniquement le pays et ses villes et la peur est toujours aussi ancrée dans le quotidien. Yuri Kozyrev n’est pas seulement le photographe de l’Irak. Il est le photographe de la peur. PAR LUCAS MENGET Grand reporter, France 24.

