Description du produit
Jeudi 3 juillet 2008 - 15H30 : « Pour les vingt ans de Visa, Denis Cuisy me demande un livre sur mon travail photo. Vous allez faire la maquette et vous écrirez la préface, c'est pour le 13 juillet, je pars le 9 en Arctique, vous avez six jours ! Attention les filles… (il parle de nous, les deux Françoise, celle des champs et celle des villes)… ne m'encensez pas ! » « Pas de danger ! » avonsnous rétorqué en choeur à Yann Arthus-Bertrand. Comment écrire une préface à propos d'un homme avec lequel nous travaillons depuis plus de 15 ans pour l'une et plus de 20 ans pour l'autre ?... Travailler n'est d'ailleurs pas le mot, collaborer ne traduit pas non plus cette sorte d'osmose, la contagion de volonté et de pugnacité qui unit l'équipe depuis tant d'années. Pas de bilan, il y a trop à raconter. Des émotions, de celles qui se tissent chaque jour sans pour autant se manifester parce que c'est notre manière de fonctionner. C'est sans doute ça le mot : fonctionner. Avec Yann ça fonctionne… ou pas ! En dépit des : « Qu'est ce que tu en penses ? »… Les réactions des collaborateurs ne sont pas toujours prises en compte, surtout si elles ne vont pas exactement dans le sens de la réponse escomptée. Mais, malgré les apparences, elles sont le plus souvent attentivement mesurées, mûries et peuvent avoir de l'influence pour une application plus judicieuse ou à un moment ultérieur. Aujourd'hui encore, alors que son travail est reconnu dans le monde entier, notre photographe est toujours en proie au doute sur la puissance de ses images… Il ne suffit pas qu'elles soient « belles », il faut qu'elles soient « fortes ». Pour ses projets ou pour un germe d'idée, il lui arrive parfois de se convaincre lui-même en argumentant face à un interlocuteur provisoirement sceptique. Le moteur de Yann est sans doute la force de conviction doublée d'une énergie sans faille. Après le crash de l'hélico lors des prises de vue des ravages de Katrina à la Nouvelle- Orléans -d'où les occupants, pilote et assistant compris, étaient sortis avec quelques égratignures seulement, et les films antérieurs à l'accident soigneusement récupérés- Yann a supplié, mais en vain, les secouristes de trouver un verre de vin rouge pour pleinement savourer le bonheur de pouvoir encore fouler le sol de cette planète. Mais la véritable urgence était de trouver du matériel photo et un autre hélico pour continuer le reportage dès le lendemain et retourner photographier l'épave restée plantée dans le toit d'une maison inondée… Vif dans le regard comme dans l'action, Yann est en état d'urgence permanent. Tranchant comme une lame et en perpétuelle recherche de perfection dans tout et pour tout, l'homme est également bourré de contradictions. Il est capable d'explosions de colère comme de générosité instinctive. Face au travail de ses confrères il est toujours sincère, et sait faire preuve d'une admiration non feinte assortie parfois d'un reproche à lui-même : « Ce boulot est formidable… j'aurais dû y penser ! ». Les idées pourtant, ce n'est pas ce qui lui manque. Pas plus que sa capacité de les mettre en oeuvre dans l'instant qui suit avec toujours cette volonté de les mener à bien, malgré les obstacles et les cadres établis. Seul compte le résultat qui, il faut le savoir, n'est malgré tout jamais parfait. Et puis il y a le temps, ce fameux temps, qui passe trop vite, ne se laisse pas remonter, qu'on ne peut pas maîtriser, avec lequel il faut jongler pour justement avoir le temps de tout faire, de mieux faire… En tout cas, nous (les deux Françoise) n'avons pas eu le temps de le voir passer… Avec notre affection Françoise Jacquot et Françoise Le Roch'-Briquet

